Exhibitions – 4

Le pavillon espagnol de la dernière Biennale d’Architecture de Venise (de mai à novembre 2025) avait pour nom Internalities. Pensé par les commissaires du pavillon, Roi Salgueiro et Manuel Bouzas, ce néologisme se construit en réaction à ce qu’implique le terme externalities, externalités, qui regroupe ce que l’on a l’habitude de considérer comme externe à la construction en elle-même, comme peuvent l’être les déchets produits ou le CO2 émis, mais aussi le déplacement de la main d’oeuvre. Le pavillon, où étaient exposés plusieurs projets exemplaires, était donc une réflexion sur les voies à suivre afin que chaque flux soit intégré en un cycle continu et non plus externalisé, grâce notamment à l’utilisation de ressources locales, régénératives et à faible empreinte carbone. La décarbonation – un objectif quantifiable, plus concret que celui de la durabilité – restait en effet le but principal, et cela tout au long des différentes phases du processus de construction, depuis l’extraction jusqu’à la déconstruction, en passant par la fabrication, la distribution et l’installation. Pour ce faire, cinq axes d’investigation ont été retenus, qui étaient présentés au sein de salles adjacentes: les matériaux naturels et régénératifs, la transition énergétique, les savoirs locaux, la réduction des déchets, et celle des émissions au cours d’un cycle complet du carbone.

Si cette réflexion dans son ensemble est en adéquation avec ce qui sous-tend les logiques de réemploi, c’est bien le quatrième axe, celui des déchets (residues), fruit d’une recherche menée par Lucas Muñoz et Joan Vellvé, accompagnés de la photographe Ana Amado, qui apporte le plus d’eau à notre moulin. Au contraire de l’habituelle acceptation d’une logique de démolition et de production de déchets, contrebalancée tout au plus par des processus industriels de recyclage peu décarbonés, les deux auteurs envisageaient un double scénario de récupération des déchets existants et de réduction des déchets futurs. Pour ce qui était de la récupération, les auteurs s’intéressaient aux nombreuses constructions datant du milieu du siècle passé, issues du desarrollismo espagnol, et constituées d’abondants matériaux industrialisés. Elles arrivent en effet en fin de vie utile. L’aire métropolitaine de Madrid était ainsi prise comme cas d’étude et devenait un territoire à haut potentiel d’urban mining où la déconstruction devrait primer sur la démolition, afin de récupérer des matériaux dans le but de les réemployer, remanufacturer ou de les transformer. Quant aux déchets futurs, les auteurs le disaient bien, “ les bâtiments doivent être conçus pour être démontés, et leurs composants assemblés de façon réversible dans des configurations temporaires”*.

Selon une logique similaire à celle de Lucas Muñoz et Joan Vellvé, nous vous parlions déjà, notamment ici, d’énergie grise et de carbone gris, que l’on pourrait donc aussi appeler carbone “intégré”. Citons une nouvelle fois le texte de présentation:

“le carbone émis au cours de la production (jusqu’à présent souvent considéré comme quelque chose d’externe) est décrit en  tant que carbone “intégré” (une internalité). De même, les heures de travail, le savoir-faire artisanal ou les événements historiques sont dépeints en tant qu’éléments “intégrés” aux produits de construction existants. La seule manière de rendre hommage et de préserver ces internalités matérielles est de célébrer leur utilisation, leur réemploi et leur transformation continue, et, par conséquent, d’empêcher la création de déchets et le besoin de nouvelle production.”*

Les auteurs réaffirment aussi les innombrables possibilités que nous offrent des “matériaux empreints d’internalités qui dépassent les aspects quantitatifs, économiques et écologiques, afin de prendre en compte des valeurs qualitatives, historiques, sociales et esthétiques.”* Pour eux, l’architecture non extractive dont il est ici question, faite notamment de réemploi, ouvre la voie à une renaissance créatrice de notre lien à l’environnement construit. Ils appellent également à une profonde actualisation de notre gestion des DCD d’un point de vue légal, envisageant des incitants ou sanctions économiques, et soulignant que “la domination exercée par l’économie extractive sur la culture de projet fait que l’efficacité de ses chaînes de production bloque l’idée même qui consisterait à considérer les matériaux préexistants sur chantier comme une valeur.”*

Parmi les différents projets présentés au sein du pavillon, nous vous avions déjà parlé de la Loggia Baseliana des architectes de chez isla, ainsi que de la série de logements sociaux de HArquitectes, Habitatges socials 2104. Ce thème du réemploi se retrouvait également au coeur du travail présenté par le pavillon danois, sous le nom Build of Site, et dont le curateur était Søren Pihlmann. Il s’agissait d’un work-in-progress où le bâtiment était transformé par le réemploi ou le recyclage de ses propres ressources matérielles. Travail in situ donc, où la matière elle-même ainsi que le processus deviennent le centre de l’attention, et démonstrateur du potentiel économique, environnemental et esthétique de telles pratiques. Notons enfin que ces thématiques ont déjà plusieurs fois été évoquées lors d’autres éditions de la biennale, nous vous en parlions ici. La plateforme collaborative Rebiennale avait d’ailleurs été créée dès 2008 pour amener une réponse à l’énorme quantité de déchets produits par la biennale elle-même, et ce à travers le désassemblage, le réemploi et l’auto-construction.

2008 et sa crise économique marque également un point de rupture pour de nombreux architectes ayant présenté leur travail au sein du pavillon espagnol. Certains l’avaient également fait, et ce n’est pas un hasard, lors d’une autre exposition collective, dédiée à la nouvelle génération d’architectes catalans et issus des îles baléares: Els nous realistes (les nouveaux réalistes), présentée au Dhub de Barcelone en 2023 et dont les commissaires étaient Carme Ribas  et Joan Roig. La crise économique et les préoccupations environnementales amenèrent cette nouvelle génération à repenser son travail. Elle fit le pari de matériaux traditionnels et locaux, mais aussi  de la déconstruction, de la récupération et de la transformation des déchets en de nouvelles ressources (voir à ce sujet un article de La Vanguardia). 2008 à 2025 autant d’années pour mûrir une réflexion et consolider une pensée qui deviendra donc sa ligne conductrice, et, espérons-le, celle de nombreux autres architectes!


*Cet article se base en grande partie sur les différents textes de présentation du pavillon espagnol de 2025, et en particulier sur ceux liés au travail de Roi Salgueiro et Manuel Bouzas, ainsi que de Lucas Muñoz et Joan Vellvé (pour l’axe de recherche sur les déchets). Les traductions en français des textes concernant les déchets sont le fruit du travail d’Adokin, sur base à la fois des versions espagnoles et anglaises desdits textes.

Le livre Els nous realistes. Arquitectura catalana i balear d’ençà la crisi del 2008 publié en 2025 par l’Ajuntament de Barcelona, l’Institut de Cultura de Barcelona et le Disseny Hub de Barcelona, et dont les auteurs sont Carme Ribas et Joan Roig, fait suite à l’exposition du même nom.

HArquitectes

Le bureau d’architecture catalan HArquitectes avait déjà montré son intérêt pour la préservation du patrimoine à travers la mise en valeur du vieillissement des matériaux et des strates que ceux-ci constituent, témoins des différentes époques de la vie d’un édifice. Ce fut le cas notamment lors de la création de deux centres civiques à Barcelone: intégration de portions de façade existante au Centre cívic Cristalleries Planell (2010-2016), puis de façades, murs intérieurs et certains éléments structurels au Centre cívic Lleialtat Santsenca (2012-2017). Mais c’est ensuite au réemploi des matériaux qu’il s’est attelé, tout d’abord pour le projet de la Casa 1413 (2014-2017), dont les murs porteurs, formés à l’aide d’une technique hybride s’inspirant du pisé et de la maçonnerie cyclopéenne, intègrent des pierres provenant de l’ancien mur d’enceinte du terrain accueillant le nouvel édifice.

Plus récemment, c’est pour un projet de logements sociaux à Palma de Mallorca, aux Baléares, Habitatges socials 2104 (2021-2025), que le réemploi de pierres a été une nouvelle fois mis à l’honneur, et de façon bien particulière. Construit pour le compte de l’Instituto Balear de la Vivienda (IBAVI), cet ensemble de logements, destinés principalement aux personnes âgées, correspond bien à la philosophie du commanditaire. En effet, l’IBAVI, à travers ses nombreux projets (nous vous en avions parlé ici), promeut l’utilisation de ressources locales parmi lesquelles la posidonie ou la pierre marés (appellation locale d’une roche sédimentaire typique des îles Baléares), mais aussi des matériaux de seconde main, dans une logique d’urban mining. Et dans le cas du projet de HArquitectes, dont la construction s’est achevée en 2025, c’est bien de marés dont il est question, mais issu du réemploi!

À l’emplacement que devait occuper le futur édifice se trouvait une ancienne construction sur le point d’être démolie. Cependant, une bonne partie des matériaux seront réemployés in situ: la pierre marés donc, mais aussi des éléments de toiture en céramique ou en béton. Une fois sélectionnés les matériaux utilisables, ils seront réemployés de deux façons distinctes. Ce sont d’abord les éléments céramiques et en béton qui seront intégrés aux fondations et murs du rez-de-chaussée semi-enterré: 140 m³ de gravats seront utilisés. Ce processus qui tient peut-être davantage du recyclage sera complété d’un second: la fabrication d’environ 3000 blocs de béton cyclopéen intégrant la pierre marés, pour un volume d’à peu près 160 m³. Les agrégats en marés représentent 40% du volume des blocs, composés en outre de ciment et de chaux. Ces agrégats peuvent prendre la forme de gros moëllons, de gravats ou de sable. Le processus de fabrication passe par la découpe d’une grande dalle en blocs de différentes tailles.

Ces blocs constituent les murs porteurs ainsi que les cloisons des logements et restent visibles. Le marés devient ainsi l’un des principaux acteurs du projet, inscrivant ce dernier dans son contexte géographique et historique. Les coursives donnant accès aux logements ainsi que des finitions, en bois notamment, ne viennent pas perturber cette lecture d’un bâtiment qui apparaît comme grandement cohérent. Si le procédé de fabrication d’un béton cyclopéen intégrant des débris issus de démolitions n’est pas nouveau, son utilisation in situ et la cohérence dans l’apparente simplicité de sa mise en œuvre en fait un modèle du genre. Le projet sera d’ailleurs exposé au sein du pavillon espagnol de la Biennale d’Architecture de Venise 2025. Encore une fois, le caractère circulaire de la démarche et l’utilisation de ressources locales via le réemploi sont en parfaite adéquation avec l’esprit du pavillon.

HouseEurope!

L’initiative citoyenne européenne HouseEurope!, relayée par de nombreux acteurs ou institutions, entend donner la priorité à la rénovation des bâtiments existants afin que la démolition ne soit plus la norme d’un secteur à l’empreinte écologique colossale. Les arguments sont environnementaux donc, mais aussi sociaux et économiques, ainsi que culturels. Tout en tentant d’atteindre certains de nos objectifs climatiques, cette campagne vise également la création de logements abordables.

Au cœur de cette logique de rénovation, le réemploi devient un outil indispensable: celui des structures et des bâtiments eux-mêmes, mais aussi le réemploi des matériaux. Il est ainsi notamment demandé la mise en place d’incitants fiscaux (exonération de TVA) pour la rénovation et le réemploi de matériaux, l’adoption de normes européennes afin d’évaluer le potentiel des bâtiments existants, l’utilisation d’outils d’ACV ou encore des financements adaptés à de tels projets.

Pour que la Commission européenne se penche sur cette initiative et propose, éventuellement, de nouvelles législations, il faut que celle-ci recueille au minimum un million de signatures. La date butoir est fixée au 31 janvier 2026, et nous sommes encore malheureusement loin du compte.


D’avantage d’informations à ce propos, ici ou . Voir égalemment cet article ArchDaily. Par ailleurs, l’initiative citoyenne a fait récemment l’objet d’une conférence au sein de l’Institut d’Architecture d’Euskadi.

Ley de residuos y suelos contaminados para una economía circular

L’analyse de la loi espagnole datant de 2022 et faisant référence au traitement des déchets dans une logique d’économie circulaire (ley 7/2022, de 8 de abril, de residuos y suelos contaminados para una economía circular) nous apporte diverses informations concernant le réemploi. Si certaines d’entre-elles ne sont pas neuves, d’autres en revanche témoignent d’une véritable volonté de développer le réemploi. Celle-ci ne s’accompagne malheureusement pas encore de l’arsenal de mesures pratiques qui devrait permettre un complet développement.

En premier lieu, rappelons que la loi (article 2) marque une différence claire entre préparation au réemploi (preparación para la reutilizaión) et réemploi (reutilización), s’agissant dans le premier cas seulement d’une opération de valorisation de déchets, le réemploi étant une opération de remise en circulation d’élements n’étant pas des déchets (nous vous en faisions la définition ici et ). Cette différence entre déchets et ressources est en effet primordiale et souligne l’importance des stratégies de prévention dont fait partie le réemploi. Ceci étant, le réemploi en tant que mesure de prévention est à la plus haute marche de la hiérarchie de traitement des déchets (définie à l’article 8 et dont nous vous parlions ici). L’article 18 détaille ces mesures de prévention et une fois de plus ressort l’importance de travailler tant en amont, en phase de conception (rappelons l’idée de DfD) que pendant et en fin de vie utile.

Si la loi marque des objectifs généraux de réduction de déchets – 13% en 2025 et 15% en 2030 par rapport aux déchets générés en 2010 (article 17) – elle est aussi plus spécifique dans le cas particulier du secteur de la construction (article 26): 70% des déchets produits (poids) devront être orientés vers des filières de valorisation ou de recyclage. Pourtant, ces objectifs ne prennent pas en compte les mesures de prévention et les déchets valorisés le sont souvent lors d’opérations de remblayage qui impliquent une importante perte de valeur. L’article 30 de la loi est quant à lui particulièrement intéressant. Il concerne les DCD. En plus d’une classification par fractions destinées au recyclage, l’article souligne (point 2) la nécessité de classer les éléments susceptibles d’être réemployés:

A partir del 1 de julio de 2022, los residuos de la construcción y demolición no peligrosos deberán ser clasificados en, al menos, las siguientes fracciones: madera, fracciones de minerales (hormigón, ladrillos, azulejos, cerámica y piedra), metales, vidrio, plástico y yeso. Asimismo, se clasificarán aquellos elementos susceptibles de ser reutilizados tales como tejas, sanitarios o elementos estructurales. Esta clasificación se realizará de forma preferente en el lugar de generación de los residuos* y sin perjuicio del resto de residuos que ya tienen establecida una recogida separada obligatoria.

* seront classés les éléments susceptibles d’être réemployés comme les tuiles, les sanitaires ou les éléments structurels. Ce classement se fera de préférence sur le lieu de production des déchets (…)

artículo 30 – 2.

Les conditions pratiques de ce classement ne sont cependant pas spécifiées et aucun objectif clair n’est annoncé. Sans cela, il est probable que continue à être privilégiée la solution du recyclage dont le secteur est bien plus structuré, et ce malgré le fait qu’il se situe à un étage inférieur de la hiérarchie établie de traitement des déchets.

Terminons cet article par une autre mesure intéressante, l’obligation de disposer de livres digitaux des matériaux employés dans les nouvelles constructions ainsi que des critères spécifiques d’éco-design. A priori, ces mesures sont également dans l’attente des conditions pratiques de leur mise en œuvre.

“Building Materials and the Climate”

Le rapport “Building Materials and the Climate: Constructing a New Future”, élaboré en 2023 par le United Nations Environment Programme et le Yale Center for Ecosystems + Architecture, dans le cadre de l’Alliance mondiale pour les bâtiments et la construction (GlobalABC), nous rappelle une fois de plus que le secteur de la construction est responsable de 37% des émissions de gaz à effet de serre et qu’il y a urgence à accélérer sa décarbonation (nous vous en parlions déjà ici et ici). Cela passe non seulement par une diminution de l’énergie et du carbone opérationnels mais aussi par celle de l’énergie et du carbone gris. Seule une approche sur l’ensemble du cycle de vie du bâtiment, via notamment des outils d’ACV semble donc pouvoir entraîner une réelle décarbonation du secteur. Il s’agit également d’éviter l’extraction de nouvelles matières premières et de diminuer la production de déchets en faisant avec moins dans une logique d’économie circulaire.

Le but premier reste d’étendre la durée de vie des bâtiments et de leurs composants en privilégiant la rénovation (réduction des émissions de GES de 50 à 75%) et des stratégies de “design for disassembly” pour les constructions neuves (réductions des émissions de GES de 10 à 50%), tout en favorisant la déconstruction sélective et le réemploi des matériaux. À ce sujet, le rapport insiste sur la nécessaire structuration d’un secteur potentiellement créateur d’emplois et sur le besoin d’un appui, tant financier que législatif:

“A new supply-and-demand model is needed, with new enterprises that allow for the careful dismantling of buildings and for the storing, preparation and maintenance of second-cycle materials for resale that will enable circular economies while providing job opportunities.”

p. xi

“Efforts by individual stakeholders to improve decarbonisation outcomes will not succeed unless they are supported by policy and finance across the different phases of the building process.”

p. xi

Toujours selon le rapport, réduire l’extraction de nouvelles matières premières, notamment grâce au réemploi, présente comme autre avantage de réduire les maladies liées à certains types de métiers:

“Reducing raw material extraction and harvesting through recycling and re-use may also mitigate social ills such as forced labour upstream in the supply chain.”

p. xiv

Le rapport cite différentes études de cas où une déconstruction sélective, combinée au réemploi et au recyclage, a permis une réduction des émissions de GES allant de 59% à 70% (p. 20)! Néanmoins, le texte reste relativement ambigu sur la différence à faire entre réemploi et recyclage, les mettant trop souvent sur un pied d’égalité ou en ne faisant pas de nette distinction entre les deux. Il reconnaît tout de même (comme nous vous l’expliquions dans un article précédent) que le recyclage conduit régulièrement à la création d’un produit de valeur inférieur:

“In a circular economy paradigm of “re-use, repair, recycle,” where waste is eliminated, the practice of recycling or downcycling becomes a last resort, as it typically results in a product of lesser value.”

p. 24

Par ailleurs, le rapport émet une série de recommandations visant à adapter normes et standards, favorisant l’utilisation de l’ACV dès l’étape de la conception ainsi qu’une approche circulaire, notamment via le réemploi et la création ou la structuration d’un secteur dédié:

“Adopt renovation policies that encourage the diversion of end-of-life material for recovery and recycling, promote regulation and measuring of whole building life-cycle carbon emissions, incorporate design for disassembly, and provide quality long-lasting material assemblies in retrofit solutions.”

p. 83

“Incentivise a marketplace for material re-use and develop standards to ensure the quality and efficacy for their use, in order to provide assurance to actors in the building sector.”

p. 83

Si ce rapport ne nous apprend finalement pas grand chose de neuf, il a l’avantage d’être une bonne piqûre de rappel, en diffusant à échelle mondiale l’idée que le secteur de la construction a un besoin urgent de changement et que le réemploi des matériaux est une des clés pour y arriver!


Les données chiffrées ainsi que l’ensemble des citations en anglais proviennent toutes du rapport – United Nations Environment Programme (2023). Building Materials and the Climate: Constructing a New Future. Nairobi.

#DEF – upcycling

Opposé au terme anglais de downcycling, upcycling est fréquement traduit en français par surcyclage. Le législateur français préfère la traduction de recyclage valorisant et définit la notion comme la “fabrication, à partir d’objets ou de matériaux de récupération, de produits de plus haute valeur que les objets ou matériaux d’origine”. Quelle que soit la définition, le produit final obtenu est donc de qualité, valeur ou utilité supérieure. Si ces notions sont parfois subjectives, la nature des objets ou matériaux surcyclés peu également poser question. En français aussi bien qu’en anglais, le terme employé ainsi que sa définition semblent rapprocher la pratique d’une forme de recyclage. Cependant, il est fréquemment utilisé dans le domaine du réemploi ou de la réutilisation, lorsque l’usage ou la fonction d’un élément sont détournés (une porte devenant par exemple une table). Cette utilisation parfois peu précise vient donc renforcer la confusion qu’il peut y avoir entre recyclage et réemploi (et que nous distinguions déjà ici). Dans le cas du réemploi, nous préférerons donc parler de détournement en réservant le terme de surcyclage au domaine exclusif du recyclage.

#DEF – downcycling

Le terme anglais de downcycling se traduit en français par sous-recyclage (mais également infrarecyclage, décyclage, sous-cyclage ou encore recyclage dévalorisant). Il désigne une forme de recyclage que le législateur français définit comme la “fabrication, à partir d’objets ou de matériaux de récupération, de produits de moindre valeur que les objets ou matériaux d’origine”. D’autres définitions spécifient quant à elles que lesdits produits sont de qualité, valeur ou utilité inférieure. L’exemple de la valorisation du béton est à cet égard particulièrement frappant. En effet, le béton issu de déconstructions est majoritairement concassé pour être utilisé en remblaiement dans la construction de routes (voir à ce sujet un article de la Fondation Bellona, ONG environnementale internationnale). La perte de valeur du matériau est ici évidente.

On l’a vu, le choix du recyclage implique bien souvent un apport de matières premières non négligeable ainsi qu’une dépense d’énergie sans commune mesure avec le réemploi. Mais le sous-recyclage qui se cache trop souvent derrière le terme de recyclage peut ajouter à cela l’obtention d’un produit inférieur. Un argument de plus, donc, en faveur du réemploi! Notons que l’inverse du sous-recyclage existe cependant bel et bien. Il s’agit du surcyclage ou upcycling, qui fait souvent la part belle à la réutilisation.

#DEF – urban mining

Le terme urban mining désigne à l’origine le processus de récupération de matières premières issues de déchets. Il concernait ainsi principalement l’extraction de métaux présents dans les déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE), mais il peut désormais s’appliquer à d’autres secteurs. C’est notamment le cas du secteur de la construction. De plus, bien qu’associé principalement au recyclage, il peut par extension se rapporter également au réemploi. Il n’y a dès lors plus de retour à la matière première et l’urban mining devient un processus d’identification puis de récupération d’éléments à réemployer issus de l’espace construit et principalement des bâtiments de nos villes. Il regroupe des opérations d’inventaire, de déconstruction ou encore de stockage.

Notion importante au sein du concept d’économie circulaire, l’urban mining permet de réduire la consommation de matières premières tout en limitant les émissions liées à leur extraction ainsi que la quantité de déchets que nous produisons. Elle met également en évidence le rôle toujours croissant que jouent les villes en tant que sources de matériaux de réemploi en circuit court.

Dans une logique d’analogie minière, il sera question de gisement pour désigner des éléments potentiellement réemployables, identifiés par certaines caractéristiques propres et regroupés en un ou plusieurs endroits. Suivant une logique légèrement différente, il est parfois aussi question de banque de matériaux. Dans ce cas, les matériaux ne sont en général plus simplement perçus comme des éléments à récupérer et à valoriser mais comme faisant partie d’un processus de construction intégrant le réemploi et qui les caractérise et les identifie clairement dès la conception. C’est par exemple le cas lorsque le système constructif des bâtiments intègre leur future déconstruction.

Circular economy actions

La législation et les actions politiques actuelles relatives à l’économie circulaire mettent avant tout l’accent sur le recyclage, au détriment bien souvent du réemploi. Les recommandations de réduction des déchets faisant mention du réemploi s’accompagnent rarement, on l’a vu, de mesures concrètes. Il existe néanmoins une série de cas pratiques de mise en application de ces législations ou de ces décisions politiques et qui concernent le réemploi des matériaux de construction. Ceux-ci mettent en avant l’importance du rôle des pouvoirs publics et peuvent aller du simple accompagnement jusqu’à l’obligation en passant par la recommandation, en suivant la logique d’action permettre, encourager et obliger.

La série de cas pratiques décrits en fin d’article correspondent à des exemples incitatifs – visant à encourager – ou contraignants – visant à obliger – dans des pays et des territoires où une action préalable a déjà été menée afin de rendre possible le réemploi des matériaux. L’absence d’une telle action préalable sur le territoire espagnol ou au sein de la Communauté Autonome du Pays basque ne permet sans doute pas à l’heure actuelle la plupart des actions incitatives ou contraignantes de la part des pouvoirs publics. Il conviendrait dans un premier temps (et ce blog s’y emploie) de rendre visible et de faciliter les pratiques de réemploi avant d’envisager d’autres types d’actions. Néanmoins, un tour d’horizon de ce qui se fait déjà à l’étranger permet de se rendre compte de ce vers quoi nous pourrions nous diriger.

Suit ici une liste non exhaustive de ces cas pratiques, à commencer par des exemples incitatifs, pouvant aller de l’utilisation des marchés publics au soutien aux entreprises, en passant par des primes aux projets ou des incitatifs fiscaux :

  • En Belgique, la région wallonne a initié une étude visant une priorisation des matériaux de réemploi dans les cahiers des charges, mais aussi une série de recommandations pour l’élaboration des marchés publics afin d’y favoriser le réemploi. Par ailleurs, la Région de Bruxelles-Capitale, dans le cadre de son Programme Régional en Économie Circulaire, fournit une feuille de route aux nombreuses mesures dont certaines ayant vocation à devenir progressivement contraignantes. Le fréquent fonctionnement par subsidiarité de la Région amène au soutien du secteur via des appels à projets (BeExemplary ou BeCircular), des primes ou avantages fiscaux comme un futur taux de 6% de TVA pour des éléments de réemploi. Par ailleurs, est prévu pour 2021, parmi toute une série d’autres mesures favorisant ou sensibilisant au réemploi, l’obligation d’inventaire des matériaux pré-déconstruction.
  • À Seattle (U.S.A.), l’obtention d’un permis de déconstruction de bâtiments résidentiels est soumis, entre autre, à un réemploi des matériaux de construction d’un pourcentage minimal de 20% (hors asphalte, briques et bétons) ainsi qu’à la présentation d’un rapport identifiant les quantités d’éléments réemployés et recyclés. Ce processus permet d’engager une déconstruction avant qu’un nouveau permis de construire ait été délivré.

Voici maintenant une série d’exemples contraignants, liés à une obligation d’inventaire pré-démolition (aussi appelé diagnostic ressource) et/ou de déconstruction sélective, à une obligation de diriger certains éléments issus de la déconstruction vers des filières de réemploi, ou à une obligation d’intégrer certains éléments de réemploi dans de nouveaux projets :

  • En France, l’article 51 de la récente Loi n° 2020-105 du 10 février 2020 relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire, prévoit l’obligation lors de certains « travaux de démolition ou réhabilitation significative de bâtiments », d’un « diagnostic relatif à la gestion des produits, matériaux et déchets », « en vue, en priorité, de leur réemploi ou, à défaut, de leur valorisation ». L’article 59 de cette même loi modifie le Code de l’environnement (Article L 228-4) et oblige à veiller au réemploi des matériaux lors de commandes publiques dans le domaine de la construction.
  • À Portland (U.S.A.), imposition est faite d’une déconstruction permettant le réemploi des matériaux en lieu et place d’une simple démolition. Cette imposition concerne certains bâtiments dont des construction unifamiliales ayant une structure datant d’avant 1940 (voir ici).
  • Dans le Cook County (U.S.A.), lors de l’obtention d’un permis de démolition de bâtiments résidentiels, imposition est faite de diriger un minimum de 5% des matériaux vers des filières de réemploi (voir ici).

Ce texte se base en partie sur un rapport produit par Rotor dans le cadre du projet de recherche “le bâti bruxellois source de nouveaux matériaux” (BBSM) et qui propose des pistes d’action et des jalons pour développer le réemploi. S’y retrouvent plusieurs des exemples cités ici ainsi qu’une foule d’autres informations.

Circular economy strategies

Il semblerait que cette année marque le renforcement de la transition économique vers une économie circulaire. La Commission Européenne a présenté le 25 mars de cette année son Plan d’Action pour une Économie Circulaire, en tant que mesure phare du Pacte Vert pour l’Europe. Ce plan met l’accent sur des secteurs grands consommateurs de ressources comme celui de la construction, à l’important potentiel de circularité, et présente une nouvelle stratégie globale pour un environnement bâti durable qui mettra en avant des mesures afin d’améliorer la durabilité et l’adaptabilité des espaces construits, élaborera des journaux de bord numériques des bâtiments, révisera le règlement sur les produits de construction, intégrera l’évaluation du cycle de vie dans les marchés publics grâce à l’outil Level’s, ou envisagera de revoir les objectifs de valorisation des matières issues de démolitions.

En parallèle, la Commission Européenne a présenté il y a peu le document Principles for Building Design où sont répartis les objectifs à atteindre selon différents groupes : usagers, équipes de concepteurs, constructeurs, fabricants, équipes de déconstruction et démolition, investisseurs et assureurs et enfin pouvoirs publics. En ce qui concerne la déconstruction, se pose la question de la nécessité d’identifier les ressources présentes dans un bâtiment afin de promouvoir une déconstruction sélective.

La Stratégie Espagnole d’Économie Circulaire reste dans l’attente d’une évaluation de la part de la Commission Européenne afin d’établir un objectif concernant la préparation au réemploi. Elle établit néanmoins la construction comme l’un des secteurs d’action prioritaires et encourage les pratiques de démolition sélective ou d’analyse de cycle de vie.

De son côté, la Stratégie d’Économie Circulaire de la Communauté Autonome du Pays Basque 2030, décrit de façon générale l’importance d’un modèle économique qui mette en avant le réemploi, la récupération et le recyclage. Cependant, dans le cas de la construction, elle se limite à mentionner la nécessité d’améliorer la qualité des études de gestion des DCD ou de leur tri sur chantier, ainsi que l’importance de la prise en compte du cycle de vie dans la conception des bâtiments. Il semblerait donc qu’il faille encore attendre pour que le réemploi et la déconstruction sélective deviennent une réalité tangible !

Pourtant, certaines mesures plus concrètes, si elles ne s’appliquent en général pas directement au réemploi des matériaux de construction, pourraient servir d’inspiration :

  • l’objectif d’augmentation de 30% du taux d’utilisation de matériaux circulaires ;
  • le besoin de nouveaux matériaux durables et remplaçables ;
  • le besoin d’une éco-conception permettant la réparation ou le réemploi, notamment des bâtiments ;
  • la mise en avant de la nécessité de la recherche, de la formation, de la sensibilisation ou de la visibilisation ;
  • le besoin de certaines normes, guides ou méthodologies spécifiques, notamment dans le cas de réhabilitations de bâtiments ;
  • l’idée d’une taxe déchets, d’un mécanisme de vérification des démolitions sélectives ou d’un pourcentage de matériaux recyclés à utiliser ;
  • l’idée de points de collecte et de préparation au réemploi d’encombrants.